| Né en 1126, ibn Rushd, alias “Averroès”, a vécu sous les règnes d’Abû Ya’qûb Yûsuf et de Yûsuf Ya’qûb al-Mansûr, les deux grands souverains de l’empire africano-berbère des Almohades où étaient politiquement fondus les restes de l’Espagne musulmane. Nommé, par le premier, qâdî de Séville en 1169, puis de Cordoue en 1182, exilé par le second en 1195, il a, entre 1168 et 1198 (date de sa mort à Marrakech, le 10 décembre), produit l’oeuvre philosophique la plus importante du Moyen âge, commentant plusieurs fois la quasi-totalité de l’oeuvre d’Aristote à une époque où les Chrétiens d’Occident commençaient à peine à se familiariser avec elle. Traduits en latin au début du XIIIe siècle, ses Commentaires sur Aristote, principalement sur la Physique, le De coelo, le De anima et la Métaphysique, ont régné sur les universités européennes jusqu’à la fin du XVIe siècle. De 1230 à 1600, c’est donc lui qui, au côté d’Aristote, a, pendant quatre siècles, incarné la rationalité philosophique dans l’Occident chrétien. D’où son formidable succès littéraire, puissamment relayé par l’imprimerie vénitienne; d’où aussi l’extraordinaire mélange de fantasmes et de polémiques qui s’est fixé sur lui: le statut d’Averroès dans le monde chrétien est aussi ambigu que celui de la philosophie, celui d’un instrument à la fois indispensable et indocile, et doublement étranger -comme philosophe, et comme arabe. [[estudos:alain-de-libera:start|Alain de Libera]] | Né en 1126, ibn Rushd, alias “Averroès”, a vécu sous les règnes d’Abû Ya’qûb Yûsuf et de Yûsuf Ya’qûb al-Mansûr, les deux grands souverains de l’empire africano-berbère des Almohades où étaient politiquement fondus les restes de l’Espagne musulmane. Nommé, par le premier, qâdî de Séville en 1169, puis de Cordoue en 1182, exilé par le second en 1195, il a, entre 1168 et 1198 (date de sa mort à Marrakech, le 10 décembre), produit l’oeuvre philosophique la plus importante du Moyen âge, commentant plusieurs fois la quasi-totalité de l’oeuvre d’Aristote à une époque où les Chrétiens d’Occident commençaient à peine à se familiariser avec elle. Traduits en latin au début du XIIIe siècle, ses Commentaires sur Aristote, principalement sur la Physique, le De coelo, le De anima et la Métaphysique, ont régné sur les universités européennes jusqu’à la fin du XVIe siècle. De 1230 à 1600, c’est donc lui qui, au côté d’Aristote, a, pendant quatre siècles, incarné la rationalité philosophique dans l’Occident chrétien. D’où son formidable succès littéraire, puissamment relayé par l’imprimerie vénitienne; d’où aussi l’extraordinaire mélange de fantasmes et de polémiques qui s’est fixé sur lui: le statut d’Averroès dans le monde chrétien est aussi ambigu que celui de la philosophie, celui d’un instrument à la fois indispensable et indocile, et doublement étranger -comme philosophe, et comme arabe. Alain de Libera |