baptême

Ensuite, il tire de l’Évangile selon Matthieu, et peut-être aussi des autres Evangiles, l’histoire de la colombe qui a volé sur le Sauveur lors de son BAPTÊME par Jean, et veut la disqualifier comme une fiction. Mais croyant avoir mis en pièces l’histoire que notre Sauveur est né d’une vierge, il ne cite pas dans l’ordre les événements qui suivent : car la passion et la haine n’ont rien d’ordonné, mais les gens pris de colère et de haine lancent contre ceux qu’ils haïssent les injures qui leur passent par la tête, empêchés par la passion de formuler leurs griefs d’une manière réfléchie et ordonnée. S’il avait gardé l’ordre, en effet, il aurait pris l’Évangile et, décidé à l’accuser, il aurait critiqué le premier récit, puis aurait passé au second, et ainsi du reste. Mais non ! Après la naissance d’une vierge, Celse qui proclame tout savoir de nos doctrines, incrimine l’apparition du Saint-Esprit lors du BAPTÊME sous la forme d’une colombe, puis calomnie ensuite la prophétie de la venue de notre Sauveur, après quoi il revient aux événements racontés à la suite de la naissance de Jésus, au récit de l’étoile et des mages venus de l’Orient « adorer » l’enfant. Et que de passages confus de Celse à travers tout le livre révélerait une observation attentive ! Nouveau moyen, pour ceux qui savent chercher et garder l’ordre, de le convaincre d’impudence et de vantardise lorsqu’il intitule son livre “Discours véritable”, ce que n’a fait aucun des philosophes de valeur ! Car Platon dit que ce n’est pas faire preuve d’esprit sensé que de trancher avec force sur des sujets de cet ordre et plus obscurs encore. Et souvent Chrysippe, après avoir cité les raisons qui l’ont persuadé, nous renvoie à ceux chez qui l’on pourrait trouver une meilleure explication que la sienne. Voilà donc un homme qui, plus sage même que ces deux auteurs et que tous les autres Grecs, dans la logique de son affirmation de tout savoir, intitula son livre “Discours véritable” ! LIVRE I

Mais, pour ne point sembler omettre ses griefs volontairement par manque de réponse, j’ai décidé de réfuter de mon mieux chacune de ses objections, me souciant non de l’enchaînement naturel et de la suite logique des sujets, mais de l’ordre des objections notées dans son livre. Voyons donc ce qu’il dit en attaquant l’apparition corporelle, pour ainsi dire, du Saint-Esprit au Sauveur, sous la forme d’une colombe. C’est toujours le Juif qui s’adresse en ces termes à Celui que nous reconnaissons pour notre Seigneur Jésus : “Tu prétends que, lors de ton BAPTÊME près de Jean, une apparition d’oiseau venant du ciel a volé sur toi”, dit-il ; puis il interroge : “Quel témoin digne de créance a-t-il vu cette apparition ? Qui a entendu une voix du ciel t’adoptant comme Fils de Dieu ? Qui, sinon toi, et un de tes compagnons de supplice que tu peux produire comme témoin.” LIVRE I

Et cela, je le dis au Juif, non que je refuse, moi chrétien, de croire à Ezéchiel et à Isaïe, mais pour lui inspirer de la honte grâce à ces prophètes auxquels nous croyons comme lui : car Jésus est bien plus digne de foi lorsqu’il a dit avoir eu cette vision, et qu’il a raconté aux disciples, comme c’est probable, la vision qu’il a vue et la voix qu’il a entendue. Une autre objection pourrait être que ceux qui ont mentionné par écrit la forme de la colombe et la voix céleste n’ont pas tous entendu Jésus leur faire ce récit. Mais l’Esprit qui enseigna à Moïse l’histoire plus ancienne que lui, celle qui commence à la création et va jusqu’au récit d’Abraham son ancêtre, enseigna de même aux évangélistes le miracle survenu au moment du BAPTÊME de Jésus. Celui qui a été orné du charisme qu’on appelle « discours de sagesse » » expliquera encore la raison de l’ouverture du ciel et de la forme de la colombe, et pourquoi le Saint-Esprit n’apparut point à Jésus sous la forme d’un autre être vivant que celui-là. Mais la raison ne demande pas de m’en expliquer ici : mon propos est de prouver que Celse n’a pas été judicieux d’attribuer à un Juif, avec de telles paroles, un manque de foi en un fait plus vraisemblable que ceux auxquels il croit. LIVRE I

Or, la loi et les prophètes sont remplis de traits aussi miraculeux que celui qu’on raconte de la colombe et de la voix céleste au BAPTÊME de Jésus. Et la preuve, à mon avis, que le Saint-Esprit est alors apparu sous la forme d’une colombe, ce sont les miracles accomplis par Jésus, en dépit des affirmations mensongères de Celse, que Jésus avait appris en Egypte l’art de les faire. Et même je ne tirerai point parti seulement de ceux-là, mais encore, comme il convient, des miracles qu’accomplirent les apôtres de Jésus. Car sans miracles et sans prodiges, ils n’auraient pas poussé ceux qui entendaient de nouvelles doctrines et des enseignements nouveaux à laisser leurs croyances ancestrales et accepter, au péril de leur vie, les enseignements qu’ils donnaient. Et de cet Esprit Saint alors apparu sous la forme d’une colombe, il subsiste encore des traces chez les chrétiens : ils chassent les démons, guérissent maintes maladies, et ont, au gré du Logos, certaines visions de l’avenir. Dussé-je provoquer les railleries de Celse ou du Juif son porte-parole par ce que je vais dire, j’affirmerai néanmoins : beaucoup sont venus au christianisme comme malgré eux, un certain esprit ayant soudain tourné leur coeur de la haine de la doctrine à la résolution de mourir pour elle, en leur présentant une vision ou un songe. J’en ai connu bien des exemples. Si je les mettais par écrit, tout témoin oculaire que j’en aie été, j’offrirais une vaste cible à la risée des incroyants qui penseraient que moi aussi, comme ceux qu’ils suspectent d’avoir forgé de telles fictions, je leur en conte. Mais Dieu est témoin de ma conscience et de son désir de confirmer, non par des récits mensongers, mais dans une évidence riche d’aspects, l’enseignement divin de Jésus. LIVRE I

Mais je veux établir qu’il n’était pas plus utile pour l’ensemble de l’Économie que « c’est du haut de la croix que Jésus aurait dû soudain disparaître » corporellement. La simple lettre et le récit de ce qui est arrivé à Jésus ne laissent point voir la vérité totale. Car à une lecture plus pénétrante de la Bible, chaque événement se révèle de plus symbole d’une vérité. Ainsi en est-il du crucifiement : il contient la vérité qu’exprimé ce mot : « Je suis crucifié avec le Christ » », et cette idée : « Pour moi, que jamais je ne me glorifie sinon dans la croix de mon Seigneur Jésus-Christ, qui a fait du monde un crucifié pour moi et de moi un crucifié pour le monde. » Ainsi, de sa mort : elle était nécessaire pour que l’on pût dire : « Car sa mort fut une mort au péché une fois pour toutes », et pour que le juste ajoute qu’« il lui devient conforme dans la mort », et : « Si en effet nous sommes morts avec lui, avec lui aussi nous vivrons ». Ainsi encore, de son ensevelissement : il s’étend à ceux qui lui sont devenus conformes dans la mort, crucifiés avec lui, morts avec lui, suivant ces autres mots de Paul : « Nous avons été ensevelis avec lui par le BAPTÊME », nous sommes aussi ressuscites avec lui. LIVRE II