Il accuse “les disciples d’avoir inventé qu’il avait su par avance et prédit tout ce qui lui est arrivé”. C’est cependant la vérité, quoique Celse refuse de l’admettre ; je l’établirai par beaucoup d’autres paroles prophétiques du Sauveur, où il a prédit ce qui est arrivé aux chrétiens même dans les générations postérieures. Qui donc n’admirerait cette prédiction : « Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi, pour leur rendre témoignage à eux et aux Gentils », et toutes les autres prédictions qu’il a faites sur les persécutions futures de ses disciples ? Y eut-il une autre doctrine au monde dont on ait châtié les adeptes, pour que l’un des détracteurs de Jésus dise : prévoyant les contradictions que susciteraient les impiétés et les mensonges de ses doctrines, il a décidé de s’en faire un titre de gloire par la prédiction qu’il en faisait dès l’origine ? Car si l’on devait, pour leurs doctrines, traîner des hommes au tribunal des gouverneurs et des rois, quels autres fallait-il traîner que les Epicuriens pour leur négation radicale de la Providence et que les Péripatéticiens pour leur affirmation de l’inutilité totale des prières et des SACRIFICES qu’on croit offrir à la divinité ? LIVRE II
A l’objection qu’on fera : les Samaritains aussi sont persécutés pour leur religion, voici la réponse : les Sicaires sont mis à mort pour la circoncision regardée comme une mutilation contraire aux lois établies et permise aux seuls Juifs. Il n’arrive jamais qu’on entende un juge donner le choix, au Sicaire qui lutte pour mener une vie conforme à ce qu’il tient pour sa religion, entre la libération s’il change et, s’il persévère, la peine de mort : mais il suffit qu’on découvre sa circoncision pour qu’on mette à mort le circoncis. Suivant les paroles de leur Sauveur : « Vous serez traînés devant des gouverneurs et des rois à cause de moi », c’est aux seuls chrétiens que les juges laissent jusqu’au dernier soupir pleine liberté de renier le christianisme, d’offrir des SACRIFICES suivant les usages communs et après ce serment de demeurer chez eux pour y vivre sans danger. LIVRE II
Que le Juif de Celse, qui ne croit pas que Jésus ait prévu tout ce qui allait arriver, considère de quelle manière, alors que Jérusalem était encore debout et centre du culte de toute la Judée, Jésus a prédit ce que lui feraient subir les Romains. On ne dira certes pas que les familiers et les auditeurs de Jésus lui-même aient transmis sans l’écrire l’enseignement des Evangiles et laissé leurs disciples sans souvenirs écrits sur Jésus. Or il y est écrit : « Mais quand vous verrez Jérusalem investie par les armées, sachez alors que la dévastation est proche. » Il n’y avait alors aucune armée autour de Jérusalem pour l’encercler, la bloquer, l’assiéger. Le siège n’a commencé que sous le règne de Néron et a duré jusqu’au gouvernement de Vespasien, dont le fils, Titus, détruisit Jérusalem ; ce fut, d’après ce qu’écrit Josèphe, à cause de Jacques le Juste, frère de Jésus nommé le Christ, mais, comme la vérité le montre, à cause de Jésus le Christ de Dieu. Celse aurait pu, du reste, même en acceptant ou en concédant que Jésus a connu d’avance ce qui lui arriverait, faire semblant de mépriser ces prédictions, comme il l’avait fait pour les miracles, et les attribuer à la sorcellerie ; il aurait même pu dire que beaucoup ont connu ce qui leur arriverait, par des oracles tirés des augures, des auspices, des SACRIFICES, des horoscopes. Mais il n’a pas voulu faire cette concession, la jugeant trop importante, et, tout en ayant accepté d’une certaine façon la réalité des miracles, il semble l’avoir décriée sous prétexte de sorcellerie. Cependant Phlégon, dans le treizième ou le quatorzième livre de ses “Chroniques”, je crois, a reconnu au Christ la prescience de certains événements futurs, bien qu’il ait confondu le cas de Jésus et le cas de Pierre, et il atteste que ses prédictions se réalisèrent. Il n’en prouve pas moins comme malgré lui, par cette concession sur la prescience de Jésus, que la parole, chez les Pères de nos croyances, n’était pas dénuée de puissance divine. Celse dit : “Les disciples de Jésus, ne pouvant rien dissimuler d’un fait notoire, s’avisèrent de dire qu’il a tout su d’avance”. Il n’avait pas remarqué, ou n’a pas voulu remarquer la sincérité des écrivains : ils ont avoué en effet que Jésus avait encore prédit aux disciples : « Vous serez tous scandalisés cette nuit », qu’effectivement ils furent scandalisés ; et qu’il a aussi prophétisé à Pierre : « Avant que le coq chante, tu me renieras trois fois », et que Pierre l’a renié trois fois. S’ils n’avaient pas été aussi sincères, mais, comme le croit Celse, s’ils avaient écrit des fictions, ils n’auraient pas mentionné le reniement de Pierre et le scandale des disciples. Qui donc alors, même s’ils ont eu lieu, aurait fait un grief à l’Évangile de ces événements ? Ils ne devaient normalement pas être mentionnés par des auteurs qui voulaient enseigner aux lecteurs des Evangiles à mépriser la mort pour professer le christianisme. Mais non : voyant que l’Évangile vaincrait les hommes par sa puissance, ils ont inséré même des faits de ce genre qui, je ne sais comment, ne troubleront pas les lecteurs et ne fourniront pas de prétexte au reniement. LIVRE II
Les Égyptiens, formés au culte d’Antinoos, supporteraient qu’on lui compare Apollon ou Zeus, car c’est l’honorer que le mettre au même rang. Il y a donc, pour Celse, un mensonge manifeste à dire : Ils ne supporteraient pas qu’on lui compare Apollon ou Zeus. Les chrétiens ont appris que la vie éternelle consistait pour eux à connaître « le seul véritable Dieu » suprême, et « Celui qu’il a envoyé, Jésus-Christ » ; ils savent que « tous les dieux des païens sont des démons » avides, rôdant autour des victimes, du sang et des exhalaisons des SACRIFICES, pour tromper ceux qui ne cherchent pas refuge auprès du Dieu suprême ; ils savent que les anges de Dieu, au contraire, divins et saints, sont de tout autre nature et caractère que les démons de la terre, et sont connus du très petit nombre de ceux qui ont fait de la question une étude intelligente et approfondie : ils ne supporteraient pas une telle comparaison avec Apollon, Zeus, ou tout autre qu’on adore par le fumet de la graisse, le sang et les victimes. Certains dans leur grande simplicité ne savent pas rendre raison de leur conduite, bien qu’ils gardent judicieusement le dépôt qu’ils ont reçu. Mais d’autres le font avec des raisons non pas insignifiantes mais profondes ou, dirait un Grec, ésotériques et époptiques. Elles contiennent une ample doctrine sur Dieu, sur les êtres auxquels Dieu fait l’honneur, par son Logos, Fils unique de Dieu, de participer à sa divinité et par le fait même à son nom ; une ample doctrine également sur les anges divins et sur ceux qui sont ennemis de la vérité pour s’être trompés et, par suite de leur erreur, se sont proclamés dieux, anges de Dieu, bons démons, héros qui doivent leur existence à la métamorphose de bonnes âmes humaines. Ces chrétiens établiront aussi que, comme en philosophie beaucoup se figurent être dans le vrai pour s’être laissés abuser par des raisons spécieuses ou avoir adhéré avec précipitation aux raisons, présentées ou découvertes par d’autres, de même parmi les âmes sorties des corps, les anges et les dénions, certains furent entraînés pour des raisons spécieuses à se proclamer dieux. Et parce que ces doctrines, chez les hommes, ne peuvent être découvertes avec une parfaite exactitude, il a été jugé sûr pour l’homme de ne se confier à personne comme à Dieu, sauf au seul Jésus-Christ modérateur suprême qui a contemplé ces très profonds secrets, et les communique à un petit nombre. LIVRE III
Comme nous enseignons : « La sagesse n’entrera pas dans une âme perverse, et n’habitera pas dans un corps tributaire du péché », nous disons aussi : « Quiconque a les mains pures » et, pour cette raison, élève vers Dieu « des mains innocentes », et parce qu’offrant des SACRIFICES sublimes et célestes, peut dire : « L’élévation de mes mains est un sacrifice du soir » : qu’il vienne à nous ! Quiconque a la langue avisée, parce qu’il médite « jour et nuit » la loi du Seigneur, et que « ses facultés ont été formées par la pratique au discernement du bien et du mal », qu’il ne craigne pas d’en venir aux solides nourritures spirituelles qui conviennent aux athlètes de la piété et de toutes les vertus. Et comme « la grâce de Dieu est avec tous ceux qui aiment d’un amour incorruptible » le Maître qui enseigne l’immortalité, quiconque a les mains pures, non seulement de toute souillure, mais encore des fautes regardées comme plus légères, qu’il se fasse hardiment initier aux mystères de la religion de Jésus, qui ne sont raisonnablement transmis qu’aux saints et aux purs. Le myste de Celse peut dire : Que celui dont l’âme n’a conscience d’aucun mal vienne ; mais celui qui, selon Jésus, conduit les initiés à Dieu, dira à ceux dont l’âme est purifiée : Celui dont l’âme n’a conscience d’aucun mal depuis longtemps, et surtout depuis qu’il est venu se faire guérir par le Logos, que celui-là entende aussi ce que Jésus a découvert en particulier à ses véritables disciples. Ainsi donc, dans le contraste qu’il établit entre l’initiation des Grecs et celle que donnent les maîtres de la doctrine de Jésus, Celse n’a pas vu la différence entre l’appel des méchants à la guérison de leurs âmes et l’appel des hommes déjà très purs à de plus profonds mystères. LIVRE III
Mais quand parfois ils ont semblé abandonnés à cause de leur péché, néanmoins ils ont été visités, et, de retour chez eux, ont recouvré leurs biens et pratiqué sans obstacles leurs rites traditionnels. Et c’est encore une preuve de la divinité et de la sainteté de Jésus que le nombre et la gravité des malheurs subis par les Juifs depuis si longtemps à cause de lui. Et je dirai hardiment qu’il n’y aura pas pour eux de restauration. Car ils ont commis le plus impie de tous les forfaits en tramant ce complot contre le Sauveur du genre humain dans la ville où ils offraient à Dieu des SACRIFICES traditionnels, symboles de profonds mystères. C’est pourquoi il a fallu que cette ville où Jésus a enduré ces souffrances fût détruite de fond en comble et que la nation juive fût chassée de son pays ; et que l’appel de Dieu à la béatitude passât à d’autres, je veux dire les chrétiens, auxquels est parvenu l’enseignement d’une piété pure et sainte : ils ont reçu des lois nouvelles convenant à une communauté établie en tous lieux, car les anciennes lois données à une seule nation gouvernée par des chefs de même race et de mêmes moeurs ne pourraient plus toutes être observées de nos jours. LIVRE IV
Quelle perfection dans la vie sociale de tout un peuple où l’efféminé ne pouvait paraître en public ! Chose admirable encore, les courtisanes, cause d’excitation pour la jeunesse, étaient bannies de leur cité ! Et il y avait aussi des tribunaux, composés des hommes les plus justes après qu’ils avaient pendant longtemps donné la preuve d’une vie intègre. On leur confiait les jugements, et à cause de la pureté de leurs moeurs au-dessus de la nature humaine, on les appelait « dieux », selon un usage ancestral des Juifs. L’on pouvait voir un peuple entier s’adonner à la philosophie. Pour qu’ils eussent le loisir d’entendre les lois divines, on institua chez eux les « sabbats » ainsi que leurs autres fêtes. Et que dire de l’ordonnance de leurs prêtres et des SACRIFICES qui contenaient mille symboles transparents à ceux qui aiment à s’instruire ? LIVRE IV
Puisqu’il n’est rien de stable dans la nature humaine, il était fatal que même ce régime peu à peu en vînt à dégénérer et à se corrompre. Mais la Providence, ayant apporté au vénérable système de leur doctrine les changements qu’il fallait pour l’adapter comme il convient aux gens de tous les pays, accorda à tous les croyants de l’univers, à la place de celle des Juifs, la vénérable religion de Jésus. Et Jésus, gratifié non seulement d’intelligence, mais encore d’une condition divine, abolit la doctrine sur les démons terrestres qui prennent plaisir à l’encens, aux exhalaisons de la graisse et au sang, et qui, comme les Titans et les Géants de la fable, détournaient les hommes de la notion de Dieu. Lui, sans souci de leurs menées, surtout dirigées contre les meilleurs, il a donné des lois qui assurent la félicité de ceux qui y conforment leur vie, s’abstiennent à tout prix de flatter les démons par des SACRIFICES et les méprisent absolument grâce au Logos de Dieu qui secourt ceux qui lèvent leurs regards vers Dieu. Et puisque Dieu voulait que la doctrine de Jésus prévalût parmi les hommes, les démons ont perdu tout pouvoir, bien qu’ils aient mis en branle toutes les influences pour anéantir les chrétiens. Rois, Sénat, gouverneurs de chaque contrée, peuple même, inconscients des menées déraisonnables et perverses de ces démons, ils ont tout soulevé contre le Logos et ceux qui croient en Lui. Mais la Parole de Dieu est plus puissante qu’eux tous, et malgré les obstacles, se faisant des obstacles comme une nourriture pour croître, elle a poursuivi sa marche, et récolté un nombre croissant d’âmes : car telle était la volonté de Dieu. LIVRE IV
Puisque j’ai signalé la confusion qui résulte de ses méprises, tâchons de mettre au clair ce point du mieux possible, et d’établir que Celse a beau considérer comme juive la pratique d’adorer le ciel et les anges qui s’y trouvent, une telle pratique, loin d’être juive, est au contraire une transgression du judaïsme, tout comme celle d’adorer le soleil, la terre, les étoiles et encore les statues. Du moins on trouve en particulier dans Jérémie que le Logos de Dieu, par le prophète, reproche au peuple juif d’adorer ces êtres et de sacrifier « à la reine du ciel » et « à toute l’armée du ciel ». De plus, lorsque les chrétiens dans leurs écrits accusent ceux des Juifs qui ont péché, ils montrent que si Dieu abandonne ce peuple c’est entre autres à cause de ce péché. Car il est écrit dans les Actes des Apôtres à propos des Juifs : « Alors Dieu se détourna d’eux et les livra au culte de l’armée du ciel, ainsi qu’il est écrit au livre des prophètes : M’avez-vous offert victimes et SACRIFICES pendant quarante ans au désert, maison d’Israël ? Et vous avez porté la tente de Moloch, et l’étoile du dieu Rompha, les figures que vous aviez faites pour les adorer. » Et chez Paul, scrupuleusement élevé dans la pratique des Juifs, et plus tard converti au christianisme par une apparition miraculeuse de Jésus, voici une parole de l’Épître aux Colossiens : « Que personne n’aille vous frustrer, se complaisant dans son humilité et dans son culte des anges : visions d’illuminés qui, tout enflés du sot orgueil de leur intelligence charnelle, ne s’attachent pas à la Tête, d’où le corps tout entier, par le jeu des ligaments et jointures, tire nourriture et cohésion, pour réaliser la croissance voulue par Dieu. » Mais Celse qui n’a ni lu ni appris cela a imaginé, je ne sais pourquoi, que les Juifs ne transgressent pas leur loi en adorant le ciel et les anges qui s’y trouvent. C’est encore la confusion et la vue superficielle du sujet qui lui fait croire que les Juifs furent incités à adorer les anges du ciel par les incantations de la magie et de la sorcellerie qui font apparaître des fantômes aux incantateurs. Il n’a pas remarqué que c’eût été enfreindre la loi qui dit précisément à ceux qui veulent le faire : « Ne suivez pas les ventriloques, ne vous attachez pas aux incantateurs pour être souillés par eux : je suis le Seigneur votre Dieu». » Il lui fallait donc ou bien s’abstenir totalement d’attribuer ces pratiques aux Juifs, s’il continuait à voir en eux des observateurs de la loi et à dire qu’ils vivent selon la loi ; ou bien les leur attribuer en prouvant qu’elles étaient le fait des Juifs transgresseurs de la loi. Bien plus, si c’est déjà transgresser la loi que de rendre un culte à des êtres cachés dans je ne sais quelles ténèbres, parce qu’on est aveuglé par l’effet de la magie et qu’on voit en rêves des fantômes indistincts, et que d’adorer ces êtres qui, dit-on, alors vous apparaissent, de même aussi sacrifier au soleil, à la lune et aux étoiles, c’est commettre la transgression suprême de la loi. Donc le même homme ne pouvait dire que les Juifs se gardent d’adorer le soleil, la lune et les étoiles, mais ne se gardent pas d’adorer le ciel et ses anges. LIVRE V
Mais pour ne pas laisser de côté ce que Celse a dit dans l’intervalle, citons également ces paroles : ” On peut à ce propos produire comme témoin Hérodote qui s’exprime en ces termes: « Les gens de la ville de Maréa et d’Apis, habitant les régions de l’Egypte limitrophes de la Libye, se tenaient eux-mêmes pour Libyens et non pour Égyptiens, et ils supportaient mal la réglementation des SACRIFICES, désirant ne pas avoir à s’abstenir de la viande de vache ; ils envoyèrent au sanctuaire d’Ammon, et prétendirent qu’ils n’avaient rien de commun avec les Égyptiens; ils habitaient, disaient-ils, en dehors du Delta, ils ne partageaient pas leurs croyances; et ils voulaient pouvoir manger de tout. Mais le dieu ne le leur permit pas: il déclara que l’Egypte est le pays que le Nil arrose en le recouvrant, et que sont Égyptiens ceux qui, habitant au-dessous de la ville d’Eléphantine, boivent de l’eau de ce fleuve. » Tel est le récit d’Hérodote. Or Ammon n’est pas inférieur aux anges des Juifs pour transmettre les volontés divines. Il n’y a donc nulle injustice à ce que chaque peuple observe les pratiques religieuses de son pays. Assurément, nous trouverons qu’il y a une différence considérable entre les nations, et cependant chacune d’elles semble tenir les siennes pour les meilleures. Les Ethiopiens qui habitent Méroé adorent les seuls Zeus et Dionysos , les Arabes Uranie et Dionysos et ceux-là seulement. Tous les Égyptiens adorent Osiris et Isis, les Saïtes Athéné, les Naucratites, depuis quelque temps seulement, invoquent Sérapis ; les autres suivent chacun ses lois respectives. Les uns s’abstiennent des brebis, parce qu’ils honorent ces animaux comme sacrés, les autres des chèvres, ceux-ci des crocodiles, ceux-là des vaches, et ils s’abstiennent des porcs parce qu’ils les ont en horreur. Pour les Scythes, eux, c’est une action vertueuse de manger des hommes, et il y a des Indiens qui pensent accomplir une action sainte en mangeant leurs pères. Le même Hérodote le dit quelque part : en foi de quoi je citerai encore son texte. « Si en effet on imposait à tous les hommes de faire un choix parmi toutes les lois et qu’on leur enjoignît de choisir les plus belles, chacun après mûr examen choisirait celles de son pays; tant ils sont convaincus, chacun de son côté, que leurs propres lois sont de beaucoup les plus belles. Dans ces conditions, il n’est pas vraisemblable qu’un autre qu’un fou fasse des choses de ce genre un objet de risée. Et que telle soit à l’égard des lois la conviction de tous les humains, on peut en juger par de nombreux témoignages, en particulier par celui-ci. Darius, du temps qu’il régnait, appela les Grecs qui étaient près de lui et leur demanda à quel prix ils consentiraient à manger leurs pères morts; ils déclarèrent qu’ils ne le feraient à aucun prix. Ensuite, Darius appela les Indiens qu’on nomme Callaties, lesquels mangent leurs pères; et, en présence des Grecs qui, grâce à un interprète, comprenaient ce qui se disait, il leur demanda à quel prix ils accepteraient de brûler leurs pères décèdes; ils poussèrent de grands cris et prièrent Darius de ne pas prononcer des paroles de mauvais augure. Telles sont donc, en fait, les coutumes établies; et, à mon avis, Pindare a eu raison de dire que la coutume règne sur tous. » LIVRE V
Voyons aussi les paroles suivantes de Celse, dont très peu concernent les chrétiens et la plupart concernent les Juifs : ” Si donc, en vertu de ce principe, les Juifs gardaient jalousement leur propre loi on ne saurait les blâmer, mais bien plutôt ceux qui ont abandonné leurs traditions pour adopter celles des Juifs. Mais s’ils veulent s’enorgueillir d’une sagesse plus profonde et fuir la société des autres qu’ils estiment moins purs, ils ont déjà la réponse : même leur doctrine sur le ciel ne leur est pas propre, mais, pour omettre tous les autres exemples, c’était aussi depuis longtemps la doctrine des Perses, comme l’indique quelque part Hérodote: « Ils ont coutume de monter sur les plus hauts sommets pour offrir des SACRIFICES à Zeus, appelant Zeus tout le cercle du ciel. » Or je pense qu’il est indifférent d’appeler Zeus Très-Haut, Zen, Adonaï, Sabaoth, Amon comme chez les Égyptiens, Papaeos comme les Scythes. Et certainement les Juifs ne sont pas plus saints que les autres peuples pour être circoncis : les Égyptiens et les Colchidiens l’ont été avant eux ; ni pour s’abstenir des porcs: ainsi font les Égyptiens qui s’abstiennent en outre des chèvres, des brebis, des b?ufs et des poissons ; ainsi font Pythagore et ses disciples qui s’abstiennent de fèves et de tout être animé vivant. Il n’est pas du tout vraisemblable qu’ils jouissent de la faveur et de l’amour de Dieu à un plus haut degré que les autres, ni que des anges soient envoyés du ciel à eux seuls, comme s’ils avaient obtenu en partage une terre de bienheureux: nous voyons assez quel traitement ils ont mérité eux et leur pays. LIVRE V
Puisque Celse entend assimiler les lois sacrées des Juifs aux lois de certains peuples, qu’on me laisse examiner encore ce point. Il pense que la doctrine sur le ciel n’est pas différente de la doctrine sur Dieu, et il dit que les Perses, comme les Juifs, offrent des SACRIFICES à Zeus, en montant sur les plus hauts sommets. Il ne voit pas que les Juifs ne reconnaissent qu’un seul Dieu, et de même n’ont qu’une sainte maison de la prière, qu’un autel des holocaustes, qu’un encensoir pour l’encens, qu’un grand-prêtre de Dieu. Les Juifs n’avaient donc rien de commun avec les Perses qui montent sur les plus hauts sommets qui sont en grand nombre, et accomplissent des SACRIFICES qui n’ont rien de comparable à ceux de la loi mosaïque. D’après celle-ci, les prêtres juifs célébraient un culte « qui était l’image et l’ombre des réalités célestes », mais exposaient en secret la signification de la loi sur les SACRIFICES et les réalités dont ils étaient les figures. Que les Perses appellent donc Zeus tout le cercle du ciel ; pour nous, nous déclarons que le ciel n’est ni Zeus, ni Dieu, car nous savons qu’il y a aussi des êtres inférieurs à Dieu, élevés au-dessus des cieux et de toute nature sensible. Voilà dans quel sens nous comprenons les paroles : « Louez Dieu, cieux des cieux, et eaux par-dessus les cieux : qu’ils louent le nom du Seigneur ! » LIVRE V
Bien plus, à en croire non seulement les chrétiens et les Juifs mais encore beaucoup d’autres Grecs et barbares, l’âme humaine vit et subsiste après sa séparation d’avec le corps ; et il est établi par la raison que l’âme pure et non alourdie par les masses de plomb du vice s’élève jusqu’aux régions des corps purs et éthérés, abandonnant ici-bas les corps épais et leurs souillures ; au contraire l’âme méchante, tirée à terre par ses péchés et incapable de reprendre haleine, erre ici-bas et vagabonde, celle-ci autour « des tombeaux » où l’on voit « les fantômes » des âmes comme des ombres, celle-là simplement autour de la terre. Quelle nature faut-il attribuer à des esprits enchaînés à longueur de siècles, pour ainsi dire, à des édifices et à des lieux, soit par des incantations, soit à cause de leur perversité ? Evidemment la raison exige de juger pervers ces êtres qui emploient la puissance divinatrice, par elle-même indifférente, à tromper les hommes et à les détourner de la piété pure envers Dieu. Une autre preuve de cette perversité est qu’ils nourrissent leurs corps de la fumée des SACRIFICES, des exhalaisons du sang et de la chair des holocaustes ; qu’ils y prennent plaisir comme pour assouvir leur amour de la vie, à la façon des hommes corrompus, sans attrait pour la vie pure détachée du corps, qui, désireux des plaisirs corporels, s’attachent à la vie du corps terrestre. LIVRE VI
Ainsi il décerne bien à Socrate la supériorité sur les poètes tragiques qualifiés par lui de sages, eux qui disputent un prix banal sur la scène et l’orchestre et provoquent chez les spectateurs tantôt des larmes et des lamentations, tantôt des rires malséants, car tel est le but du drame satirique. Mais il ne met pas en valeur la noblesse que confère la philosophie et la vérité, ni la louange que mérite cette noblesse. Et s’il a déclaré Socrate le plus sage des hommes, c’est peut-être moins pour sa philosophie que pour les SACRIFICES et les fumets de graisse qu’il lui avait offerts ainsi qu’aux autres démons. LIVRE VI
C’est à cause de ces SACRIFICES, plutôt que pour leurs actions vertueuses, que les démons semblent satisfaire aux requêtes de ceux qui les offrent. Aussi, retraçant les faits et indiquant dans ses récits la raison principale pour laquelle les démons exaucent les désirs de ceux qui offrent des SACRIFICES, le meilleur des poètes, Homère, a-t-il présenté Chrysès obtenant, au prix de quelques guirlandes et cuisses de taureaux et de chèvres, ce qu’il avait demandé en faveur de sa fille contre les Grecs : la peste qui les contraignît à lui rendre Chryséis. LIVRE VI
Je me souviens avoir lu, dans le livre d’un Pythagoricien qui traitait des doctrines exprimées symboliquement par le poète, que les paroles de Chrysès à Apollon et la peste envoyée par lui aux Grecs montrent qu’Homère savait comment certains démons pervers, friands du fumet des graisses et des SACRIFICES, s’acquittent de leur dette envers ceux qui sacrifient, par la perte d’autres hommes si ceux-là le demandent. LIVRE VI
Car nous savons que ce sont des démons qui se nourrissent de graisses, de sang et de fumées des SACRIFICES, ainsi fixés dans les prisons construites par leur convoitise. Les Grecs y ont vu des temples de divinités, mais nous savons qu’il n’y a là que des habitations de démons imposteurs. LIVRE VI
Il croit ensuite que, du fait que nous rendons un culte en même temps à Dieu et à son Fils, il suit que, selon nous, non seulement Dieu mais encore ses ministres reçoivent un culte. Et certes, s’il avait pensé à ceux qui sont les véritables ministres de Dieu après le Fils unique de Dieu, Gabriel, Michel et le reste des anges, et dit qu’il faut leur rendre un culte, peut-être aurais-je tiré au clair le sens de l’expression rendre un culte, et les actions de celui qui le rend, et dirais-je sur ce point, qui comporte la discussion de sujets difficiles, ce que j’ai pu en comprendre. Mais, quand il croît que les démons adorés par les païens sont les ministres de Dieu, il ne nous amène point à la conséquence que nous devons leur rendre un culte. Car l’Écriture les présente comme ministres du Mauvais, du Prince de ce monde, qui détourne de Dieu ceux qu’il peut. Donc, puisqu’ils ne sont pas ministres, nous évitons d’adorer tous ceux que les autres hommes adorent et de leur rendre un culte. Car si nous avions appris qu’ils étaient des ministres du Dieu suprême, nous ne dirions pas qu’ils sont des démons. C’est pourquoi nous adorons le Dieu unique et son Fils unique, Logos et Image, par nos meilleures supplications et demandes, offrant nos prières au Dieu de l’univers par son Fils unique. C’est à lui d’abord que nous les offrons en lui demandant, puisqu’il est « propitiation pour nos péchés », de présenter comme Grand-Prêtre au Dieu suprême nos prières, nos SACRIFICES et nos supplications. Telle est la foi que nous avons en Dieu par son Fils qui la fortifie en nous, et Celse ne peut montrer la moindre faction au sujet du Fils de Dieu. Oui, nous adorons le Père en admirant son Fils, Logos, Sagesse, Vérité, Justice et tout ce que nous avons appris de ce qu’est le Fils de Dieu : nous admirons donc aussi Celui qui est né d’un tel Père. Mais en voilà assez. LIVRE VIII
Par ailleurs, les divines Écritures ont une manière mystérieuse d’enseigner la doctrine de la résurrection à ceux qui sont capables d’entendre avec une oreille plus divine les paroles de Dieu. En disant que le temple sera reconstruit de pierres vivantes et très précieuses, elles insinuent que chacun de ceux à qui le même Logos inspire de tendre à la piété qu’il enseigne est une pierre précieuse intégrée au temple de Dieu. C’est la déclaration de Pierre : « Mais vous êtes édifiés, tels des pierres vivantes et une maison spirituelle, en un sacerdoce saint, en vue d’offrir des SACRIFICES spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ. » C’est celle de Paul : « Vous êtes édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, et la pierre d’angle est Jésus-Christ notre Seigneur. » C’est le sens mystérieux renfermé dans le passage d’Isaïe adressé à Jérusalem : « Voici que je vais te préparer comme pierre de l’escarboucle et comme fondations du saphir, je ferai tes créneaux de rubis, tes portes de cristal, ton enceinte de pierres précieuses ; tous tes fils seront instruits par Dieu ; tes enfants habiteront dans une grande paix, et tu seras édifiée dans la justice. » LIVRE VIII
Si toutefois les fêtes publiques, qui ne sont telles que de nom, ne présentent aucune raison démonstrative qu’elles s’harmonisent avec le culte offert à la divinité, s’il était prouvé au contraire qu’elles sont des inventions de gens qui les ont instituées d’aventure en relation avec des événements historiques ou des théories naturalistes sur l’eau, la terre, les fruits qu’elle semble produire, il est clair que, pour qui veut honorer la divinité avec le soin requis, il sera raisonnable de s’abstenir de prendre part aux fêtes publiques. En effet, comme dit excellemment un sage grec : « Célébrer une fête n’est rien d’autre que de faire son devoir. » Et c’est même célébrer la fête selon la vérité que de faire son devoir en priant toujours, en ne cessant pas d’offrir à la divinité les SACRIFICES non sanglants dans les prières. Pour cette raison, je trouve magnifique le mot de Paul : « Vous observez les jours, les mois, les saisons, les années ? J’ai bien peur pour vous d’avoir peut-être chez vous perdu ma peine. » LIVRE VIII
Voyons les paroles de Celse qui nous exhorte à manger des viandes offertes aux idoles et à participer aux SACRIFICES publics au cours des fêtes publiques. Les voici : Si ces idoles ne sont rien, quel danger y a-t-il à prendre part au festin? Et si elles sont des démons, il est évident qu’eux aussi appartiennent à Dieu, qu’il faut croire en eux et leur offrir selon les lois des SACRIFICES et des prières pour les rendre bienveillants. En réponse, il sera utile de prendre en main la Première aux Corinthiens et d’expliquer tout le raisonnement de Paul sur les idolothytes. Là, contre l’opinion qu’une idole n’est rien dans le monde, il établit le préjudice causé par les idolothytes. Il montre à ceux qui sont capables d’entendre ses paroles que recevoir une part des idolothytes est un acte tout aussi criminel que de verser le sang, car c’est faire périr des frères pour lesquels le Christ est mort. Ensuite, posant le principe que les victimes des SACRIFICES sont offertes aux démons, il déclare que participer à la table des démons est entrer en communion avec les démons et il affirme l’impossibilité « d’avoir part en même temps à la table du Seigneur et à la table des démons. » Mais comme l’explication détaillée de ces points de l’épître aux Corinthiens demanderait tout un traité d’amples discussions, je me contenterai de ces brèves remarques. A bien les examiner, on verra que même si les idoles ne sont rien, il n’en est pas moins dangereux de prendre part au festin des idoles. J’ai suffisamment prouvé aussi que même si les SACRIFICES sont offerts à des démons, nous ne devons pas y prendre part, nous qui savons la différence qu’il y a entre la table du Seigneur et celle des démons et qui, le sachant, faisons tout pour avoir toujours part à la table du Seigneur, mais évitons de toute manière d’avoir jamais part à la table des démons. LIVRE VIII
Celse, ici, dit que les démons appartiennent à Dieu et que, pour cette raison, il faut croire en eux et leur offrir selon les lois des SACRIFICES et des prières afin de les rendre bienveillants. Il faut donc enseigner sur ce point à qui le désire que le Logos de Dieu refuse de déclarer propriété de Dieu des êtres mauvais, car il les juge indignes d’un si grand Seigneur. C’est pourquoi tous les hommes ne sont pas nommés hommes de Dieu, mais seuls ceux qui sont dignes de Dieu : tels étaient Moïse, Élie, et tout autre qui reçoit dans l’Écriture le titre d’homme de Dieu, ou qui est semblable à ceux qui le reçoivent. Et de même, tous les anges ne sont point appelés anges de Dieu, mais seuls les bienheureux, alors que ceux qui se sont tournés vers le mal sont nommés anges du diable, comme les hommes mauvais sont appelés hommes de péché, fils de pestilence, fils d’iniquité. C’est parce que les hommes sont les uns bons, les autres mauvais, que l’on dit des uns qu’ils sont de Dieu, des autres qu’ils sont du diable, et les anges aussi sont les uns de Dieu, les autres mauvais ; mais la division en deux ne vaut plus pour les démons : il est prouvé qu’ils sont tous mauvais. Aussi déclarerons-nous fausse la parole de Celse : Si ce sont des démons, il est évident qu’eux aussi appartiennent à Dieu. Ou alors montre qui voudra qu’il n’y a pas de raison valable de faire la distinction dans le cas des hommes et des anges, ou bien qu’on peut fournir une raison de même valeur au sujet des démons. LIVRE VIII
En effet, même si l’on n’a pas obtenu la bienveillance des démons, on ne peut rien souffrir de leur part. On est sous la protection du Dieu suprême que la piété rend bienveillant et qui charge ses anges divins de protéger ceux qui le méritent, pour qu’ils ne subissent aucun mal des démons. Mais quand on a obtenu la bienveillance du Dieu suprême à cause de la piété qu’on lui porte et parce qu’on a reçu le Seigneur Jésus qui est l’Ange du Grand Conseil de Dieu, fort de la bienveillance de Dieu par le Christ-Jésus, n’ayant rien à souffrir de toute l’armée des démons, on peut dire hardiment : « Le Seigneur est ma lumière et mon Sauveur, de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le protecteur de ma vie, de qui aurais-je peur ? » On dira encore : « Qu’une armée vienne camper contre moi, mon coeur ne craindra rien. » Voilà qui répond à son objection : Si les idoles sont des démons, il est évident qu’eux aussi appartiennent à Dieu, qu’il faut croire en eux et leur offrir selon les lois des SACRIFICES et des prières pour les rendre bienveillants. LIVRE VIII
Voyons encore le passage suivant : Faut-il énumérer tous les oracles rendus dans les sanctuaires d’une voix divine par les prophètes et prophétesses et d’autres inspirés, hommes et femmes; toutes les merveilles qu’on a entendues au fond de leurs sanctuaires ; toutes les révélations obtenues des victimes et des SACRIFICES ; toutes les manifestations venant d’autres prodiges ? D’autres ont bénéficié d’apparitions notoires. La vie entière est remplie de ces faits ! Combien de cités ont été bâties grâce aux oracles ou délivrées d’épidémies ou de famines ! Combien, pour les avoir méprisés ou négligés ont misérablement péri ! Combien furent fondées de colonies sur leur ordre, et qui ont prospéré pour avoir suivi leurs prescriptions ! Combien de princes, combien de particuliers ont dû au même motif leur succès ou leur échec ! Combien de personnes désolées de n’avoir pas d’enfants ont obtenu ce qu’elles ont demandé et échappé à la colère des démons ! Combien d’infirmités corporelles ont été guéries ! Combien, en revanche, pour avoir outragé des sanctuaires, en ont été aussitôt châtiés ! Les uns furent à l’instant frappés de démence, les autres avouèrent leurs forfaits, ceux-ci se donnèrent la mort, ceux-là furent saisis de maladies incurables. Il y en eut même qui furent anéantis par une voix redoutable venant du sanctuaire. Je ne sais pourquoi Celse, qui présente ces histoires comme manifestes, a considéré comme fables les prodiges relatés dans nos écrits à propos des Juifs, de Jésus et de ses disciples. Pourquoi nos écrits ne seraient-ils pas vrais, et les histoires de Celse des inventions fabuleuses ? Elles ne trouvent même pas créance auprès d’écoles philosophiques des Grecs comme celles de Démocrite, d’Épicure, d’Aristote, qui peut-être eussent ajouté foi aux nôtres à cause de leur évidence, s’ils avaient connu Moïse ou l’un des prophètes qui ont accompli des miracles, ou encore Jésus lui-même. On raconte que la Pythie s’est parfois laissée corrompre pour rendre des oracles. Nos prophètes, au contraire, ont été admirés pour la clarté de leurs messages, non seulement par leurs contemporains mais aussi par la postérité. Car, grâce aux oracles des prophètes, des cités ont été bâties, des hommes ont recouvré la santé, des famines ont pris fin. De plus, il est clair que la nation entière des Juifs, selon les oracles, vint d’Egypte fonder une colonie en Palestine. Tant qu’elle suivit les prescriptions de Dieu, elle a prospéré ; quand elle s’en écarta elle eut à s’en repentir. Et qu’est-il besoin de dire combien de princes et combien de particuliers d’après les récits de l’Écriture ont connu le succès ou l’échec suivant qu’ils ont été fidèles aux prophéties ou qu’ils les ont méprisées ? LIVRE VIII
Alors je ne sais pourquoi Celse, faisant état du courage de ceux qui luttent jusqu’à la mort pour ne point abjurer le christianisme, ajoute, comme s’il assimilait nos doctrines à celles que professent les initiateurs et les mystagogues : Par dessus tout, mon brave, comme tu crois à des châtiments éternels, les interprètes des mystères sacrés, initiateurs et mystagogues, y croient aussi. Les menaces que tu adresses aux autres, ils te les adressent à toi-même. Il est permis d’examiner lesquelles des deux sont les plus vraies ou plus puissantes. Car en paroles chacun affirme avec une égale énergie la vérité de ses doctrines propres. Mais quand il faut des preuves, les autres en montrent un grand nombre de manifestes, présentent des oeuvres de certaines puissances démoniaques et d’oracles, et résultant de toutes sortes de divinations. Il prétend donc par là que notre doctrine sur les châtiments éternels est la même que celle des initiateurs aux mystères, et veut examiner laquelle des deux est la plus vraie. Or je puis dire qu’est vraie la doctrine capable de mettre les auditeurs dans la disposition de vivre conformément à ses principes. Et telle est bien la disposition des Juifs et des chrétiens, relativement à ce qu’ils nomment le siècle à venir avec ses récompenses pour les justes, ses châtiments pour les pécheurs. Que Celse donc ou tout autre montre ceux à qui les initiateurs et les mystagogues inspirent de telles dispositions par rapport aux châtiments éternels ! Il est probable que l’intention de l’auteur de cette doctrine n’est pas seulement de donner lieu aux SACRIFICES expiatoires et aux discours sur les châtiments, mais encore de disposer les auditeurs à faire tout leur possible pour se garder eux-mêmes des actes qui sont la cause des châtiments. De plus, la lecture attentive des prophéties me paraît capable, par la prévision de l’avenir qu’elles contiennent, de persuader le lecteur intelligent et de bonne foi que l’Esprit de Dieu était présent en ces hommes. A ces prophéties on ne peut comparer le moins du monde aucune des oeuvres démoniaques que l’on exhibe, ni des actions miraculeuses dues aux oracles, ni des divinations. LIVRE VIII
Celse croit qu’on s’acquitte du culte dû en cette vie, jusqu’à ce que les hommes soient délivrés de leurs liens, quand on offre des SACRIFICES d’après les coutumes des peuples à chacun des dieux reconnus dans chaque cité. C’est méconnaître le véritable devoir exigé par la piété authentique. Nous, nous disons qu’on s’acquitte du culte de façon convenable en cette vie quand, en se souvenant du Créateur et des actes qui lui sont agréables, on fait tout pour plaire à Dieu. Celse veut encore que nous ne soyons pas ingrats envers les démons d’ici-bas, croyant qu’on leur doit des SACRIFICES d’action de grâce. Mais nous, en élucidant la doctrine de l’action de grâce, nous disons qu’à refuser de sacrifier à des êtres qui ne nous font aucun bien, mais se dressent contre nous, il n’y a pas d’ingratitude de notre part. Nous refusons seulement d’être ingrats envers Dieu qui nous comble de bienfaits, puisque nous sommes ses créatures, objets de sa Providence, quel que soit le sort dont elle nous a jugés dignes, et que nous attendons, après cette vie, l’accomplissement des espérances qu’il nous a données. Nous avons même comme signe de notre gratitude envers Dieu le pain nommé « Eucharistie ». LIVRE VIII
Mais, comme on l’a dit plus haut, les démons ne règlent pas la marche des choses créées pour nos besoins. Aussi n’y a-t-il pas d’injustice à participer aux biens créés sans offrir des SACRIFICES à des êtres qui n’ont rien à y voir. Et, voyant non des démons mais des anges préposés aux fruits de la terre et à la naissance des animaux, nous les louons et les félicitons de ce que Dieu leur ait ainsi confié ces biens utiles à notre race. Mais nous sommes loin de leur rendre l’honneur dû à Dieu : Dieu ne le veut pas, eux non plus à qui ces biens sont confiés par Dieu. Et même ils nous savent gré de nous abstenir de ces SACRIFICES plutôt que de les leur offrir : ils n’ont nul besoin des exhalaisons qui viennent de la terre. LIVRE VIII
Sans doute les prophéties parlent beaucoup en termes obscurs de la totale destruction du mal et de la réforme de toutes les âmes, mais il suffit pour l’instant de faire état du passage suivant de Sophonie : « Tiens-toi prêt, debout dès l’aurore : ils ne sont que du grappillon gâté. Aussi, dit le Seigneur, attends-moi au jour où je me lèverai pour porter témoignage. Car mon décret est de rassembler les nations, d’y faire comparaître les rois, de déverser sur eux toute l’ardeur de ma colère. Oui, toute la terre sera consumée dans le feu de ma jalousie. Alors je redonnerai aux peuples une langue pour sa génération, afin qu’ils invoquent tous le nom du Seigneur, qu’ils le servent sous un seul joug. Des extrémités des fleuves d’Ethiopie, ils m’offriront des SACRIFICES. En ce jour-là, tu n’auras plus à rougir de tout ce que tu as commis d’impiété contre moi. Car alors je te délivrerai du mépris de ton arrogance et tu cesseras de te pavaner sur ma montagne sainte. Je laisserai au milieu de toi un peuple doux et humble, et le reste d’Israël craindra le nom du Seigneur. Ils ne commettront plus d’injustices, ils ne prononceront plus de paroles vaines, et il n’y aura plus de langue trompeuse dans leur bouche. Aussi pourront-ils paître et se reposer sans que personne les inquiète. » LIVRE VIII
A quoi il faut répondre : quand l’occasion s’en présente, nous apportons aux empereurs un secours divin, pour ainsi dire, en nous revêtant de « l’armure de Dieu. » Nous le faisons pour obéir à la voix de l’Apôtre qui dit : « Je vous recommande donc avant tout de faire des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâce pour tous les hommes, pour les rois et tous les dépositaires de l’autorité. » Et plus on a de piété, plus on secourt efficacement ceux qui règnent, bien mieux que les soldats qui vont aux combats et tuent autant d’ennemis qu’ils peuvent. Mais voici encore ce qu’on pourrait dire aux étrangers à la foi qui nous demandent de combattre en soldats pour le bien public et de tuer des hommes. Même ceux qui, d’après vous, sont prêtres de certaines statues et gardiens des temples de vos prétendus dieux ont soin de garder leur main droite sans souillure pour les SACRIFICES, afin d’offrir à ceux que vous dites dieux les SACRIFICES traditionnels avec des mains pures de sang et de meurtre. Et sans doute, en temps de guerre, vous n’enrôlez pas vos prêtres. Si donc cette conduite est raisonnable, combien plus celle des chrétiens ! Pendant que d’autres combattent en soldats, ils combattent comme prêtres et serviteurs de Dieu ; ils gardent pure leur main droite, mais luttent par des prières adressées à Dieu pour ceux qui se battent justement et pour celui qui règne justement, afin que tout ce qui est opposé et hostile à ceux qui agissent justement puisse être vaincu. De plus, nous qui par nos prières vainquons tous les démons qui suscitent les guerres, font violer les serments et troublent la paix, nous apportons à l’empereur un plus grand secours que ceux que l’on voit combattre. Et nous collaborons aux affaires publiques en faisant monter, dans la justice, nos prières jointes aux exercices et aux méditations qui enseignent à mépriser les plaisirs et à ne plus les avoir pour guides. Plus que d’autres nous combattons pour l’empereur. Nous ne servons pas avec ses soldats, même s’il l’exige, mais nous combattons pour lui en levant une armée spéciale, celle de la piété, par les supplications que nous adressons à la divinité. LIVRE VIII